La limitation du tonnage sur la RNT 59B suscite des inquiétudes chez les transporteurs de sable. La mesure pourrait entraîner une baisse de l’offre et une hausse des coûts dans la construction.
| Rares son les véhicules transportant le sable sur l’axe Ramena qui respectent la limitation. |
La décision ministérielle limitant provisoirement le poids total en charge des véhicules circulant sur la Route nationale temporaire (RNT 59B), entre la ville d’Antsiranana et la commune rurale de Ramena, suscite des réactions parmi les transporteurs de la ville d’Antsiranana. À l’origine de ces préoccupations, une lettre de transmission référencée n° 309, en date du 2 septembre, portant sur cette limitation.
Afin de prévenir une dégradation prématurée de la route et de ses infrastructures, et dans l’attente de la publication et de l’application du texte réglementaire qui devra fixer officiellement le poids maximal autorisé sur cet axe, des mesures provisoires ont été prises.
Les propriétaires et conducteurs de poids lourds spécialisés dans le transport de sable au départ de la commune de Ramena se sentent particulièrement concernés par cette nouvelle mesure. Pour eux, cette limitation constitue une contrainte importante pour leur activité et pourrait perturber l’approvisionnement de la ville d’Antsiranana. Le sable constituant une matière première essentielle pour les travaux de construction, la réduction des volumes transportés pourrait entraîner des tensions sur le marché.
La limitation du tonnage alimente ainsi les discussions autour du transport de sable à Antsiranana. Pour le ministère des Travaux publics, l’objectif est avant tout de prévenir une dégradation prématurée de la route et de ses infrastructures. La circulation répétée de poids lourds transportant des charges supérieures à la capacité de la route pourrait accélérer la détérioration de la chaussée et des ouvrages qui jalonnent cet axe. Des opérations de pesage et de contrôle peuvent également être effectuées sur les sites jugés appropriés. De leur côté, les transporteurs, vendeurs et acteurs du bâtiment redoutent une baisse de l’approvisionnement, une multiplication des rotations et, à terme, une hausse des prix.
Des répercussions sur le marché
Si la mesure vise à protéger la route, ses conséquences commencent à se faire sentir sur l’activité des transporteurs. Toute perturbation de l’approvisionnement peut avoir des répercussions sur le secteur de la construction. Pour les transporteurs, moins de sable transporté par voyage signifie davantage de rotations pour satisfaire la même demande. Un transporteur estime ainsi que le prix du sable livré dans la ville pourrait dépasser son prix actuel de 30 000 ariary, en raison notamment de l’augmentation des charges liées aux rotations supplémentaires. Selon des professionnels du secteur, le nombre de camions capables de respecter la nouvelle limitation serait par ailleurs insuffisant pour répondre à la demande actuelle.
Face aux difficultés rencontrées, plusieurs réunions se succèdent avec les différentes parties prenantes, sans qu’une solution consensuelle ne semble encore émerger.
La question du poids réel des camions constitue également un sujet de discussion entre transporteurs. Les fiches techniques des véhicules et leurs capacités de chargement font l’objet de débats, voire de contestations.
Certains professionnels évoquent également l’existence de possibles conflits d’intérêts entre opérateurs. Ils soupçonnent certains acteurs de chercher à tirer avantage de la nouvelle réglementation pour renforcer leur position sur le marché du transport de sable. Certains transporteurs évoquent même le risque d’une concentration du marché. Des opérateurs étrangers sont notamment mis en cause par certains d’entre eux, qui les accusent de chercher à influencer les décisions publiques. Ces accusations n’ont toutefois pas été étayées dans les éléments recueillis.
« Je transporte du sable à Ramena depuis 2019. Cela fait également longtemps que des poids lourds transportant des conteneurs circulent dans cette commune, pas seulement de sable . Pourquoi cette décision intervient-elle seulement maintenant ? », s’interroge Eliazara José Randrianary, actif dans le transport de sable. Le transporteur estime que la limitation actuelle risque de pénaliser les opérateurs qui ont investi dans des véhicules de grande capacité afin de limiter le nombre de rotations et d’éviter une augmentation du prix du sable.
Autre conséquence de la mesure, certains transporteurs disent être contraints de chercher de nouvelles zones d’approvisionnement pour charger leur sable. Parmi les localités évoquées figure la commune rurale d’Ambolobozo, située à 60 km d’Antsiranana.



