Entre canaux, lacs, zones industrielles et vastes espaces littoraux, le Jiangsu donne à voir une Chine où patrimoine, industrie et écologie avancent côte à côte. De Wuxi à Yancheng, en passant par Zhenjiang et Taizhou, le voyage révèle une même ambition : transformer les atouts locaux en moteurs de développement et d’amélioration du quotidien.

Prise de vue aérienne de la ville de Taizhou.

La Chine qui innove. Ce n’est pas évident au premier regard. Mais ces mots viennent rapidement à l’esprit lorsqu’on sillonne la province du Jiangsu, dans le Sud de la Chine. Façonnée par l’eau et bordée par la mer Jaune, le fleuve Yangtsé, le Grand Canal, le lac Taihu et les réseaux de rivières accompagnent les paysages urbains et ruraux. Mais derrière cette douceur aquatique se découvre une région parmi les plus dynamiques de Chine, où l’industrie, les technologies et l’innovation occupent une place centrale.

Première étape, la ville de Wuxi. Dans cette ville culturelle, le visiteur passe rapidement des paysages du lac Taihu aux quartiers modernes et aux espaces consacrés aux technologies. La ville cultive également une autre spécialité, le cinéma. Son parc industriel national du cinéma numérique accueille tournages, studios et activités de postproduction, faisant du cinéma un véritable secteur économique.

Ensuite, cap sur Zhenjiang, où l’histoire et l’agriculture se rencontrent. La ville conserve une forte identité liée à ses productions agricoles et à son célèbre vinaigre, tout en développant des formes d’agriculture connectée et plus durable. Les outils numériques, les objets connectés et les plateformes de données s’intègrent progressivement au travail des exploitants. Une économie circulaire s’est créée autour de l’agriculture. Résultat, il n’y a pratiquement pas de perte durant les récoltes. Ce qui n’est pas vendu est transformé.

Un outil concret

Taizhou est une étape marquante. Elle permet de découvrir une autre facette d’un modèle économique qu’ambitionnent de mettre en place plusieurs pays. Celui de construire une zone économique spéciale. Ici, la zone économique concerne la santé, avec la China Medical City. Sur près de 30 000 kilomètres carrés, elle rassemble environ deux mille entreprises qui vont de la recherche, laboratoires high-tech, développement pharmaceutique, essais, production et services de santé.

Puis vient Yancheng, face à la mer Jaune. Les éoliennes et les installations solaires rappellent que la transition énergétique n’est plus seulement un objectif affiché. Elle se traduit par des infrastructures, des parcs industriels et de nouvelles activités économiques.

Ce voyage dans le Jiangsu laisse surtout une impression marquante. Celle d’une province qui cherche à faire de la technologie un outil concret. Énergie plus propre, agriculture plus intelligente, industrie plus spécialisée ou services de santé plus intégrés, l’innovation y est pensée comme un moyen d’améliorer à la fois la compétitivité des territoires et les conditions de vie de leurs habitants.

Des cerfs Milu en semi-liberté dans le parc national  de Yancheng.

Quatre villes, quatre spécialités


Visite d’un quartier historique de la ville de Zhenjiang.



Le Jiangsu ne mise pas sur un modèle économique uniforme. La stratégie consiste plutôt à donner à chaque ville une vocation particulière, en partant de ses ressources, de son histoire, de ses compétences et de son potentiel d’innovation.

À Wuxi, le cinéma est devenu une industrie à part entière. Le Parc industriel national du cinéma numérique, également connu sous le nom de Wuxi Studios, réunit studios de tournage, postproduction et technologies numériques. Le recours à la 5G, aux studios virtuels et à l’intelligence artificielle accompagne cette mutation du cinéma traditionnel vers une industrie audiovisuelle numérique.

À Zhenjiang, c’est l’agriculture qui sert de point d’appui. La ville développe l’agriculture numérique et les objets connectés, avec des fermes et des zones agricoles intégrant davantage de données et de technologies. L’objectif est aussi de rapprocher production, transformation, commercialisation et valorisation des déchets afin de construire une économie agricole plus circulaire.


Spécialisation verte


À Taizhou, le choix est celui de la santé. La China Medical City rassemble près de deux mille entreprises médicales et organise autour d’elles un écosystème allant de la recherche, aux essais cliniques, à la production et à la commercialisation de produits pharmaceutiques et équipements. 

Des entités y proposent aussi des soins et hospitalisation. À Taizhou, la santé devient une filière, avec une chaîne de valeurs complète, capable d’attirer entreprises, chercheurs et investissements.

À Yancheng, enfin, la spécialisation est verte. Le Parc d’innovation scientifique et technologique bas carbone de Xifu River travaille autour de l’éolien, du solaire, de l’hydrogène, de l’énergie froide, du stockage et des technologies de réduction du carbone. Ici, la transition énergétique n’est pas un mythe. C’est du concret avec 95 % de l’électricité consommée quotidiennement par la population de la ville produite via des énergies renouvelables. La ville dispose aussi d’un vaste complexe de dessalement d’eau, avec une unité de recyclage des eaux usées et à forte salinité pour préserver l’écosystème.

Quatre villes, quatre portes d’entrée dans l’économie chinoise d’aujourd’hui et de demain. Une manière de répartir les rôles tout en faisant fonctionner les territoires comme les pièces complémentaires d’un même ensemble régional.

Des journalistes africains en visite dans un des laboratoires pharmaceutiques de China Medical City.


Le Jiangsu, entre mémoire et nature

Deux comédiens de l’opéra chinois.


Le voyage dans le Jiangsu ne se résume pas aux parcs industriels et aux laboratoires. Derrière la modernité des villes demeure une mémoire profondément enracinée, des quartiers historiques, un savoir-faire traditionnel et des richesses écologiques que les autorités locales érigent en patrimoine et mettent en avant parmi les atouts de la province.

À Zhenjiang, le voyageur peut pousser les portes du Musée chinois de la culture du vinaigre. L’odeur des cuves, les anciens outils et la démonstration des techniques de fermentation racontent une tradition devenue à la fois patrimoine culturel et activité économique.

À Taizhou, le mémorial consacré à Mei Lanfang, maître de l’opéra de Pékin, rappelle l’importance des arts traditionnels dans l’identité locale. Les quartiers historiques, les anciennes rues et les maisons préservées offrent par ailleurs une autre manière de parcourir le passé.

À Yancheng, le décor change radicalement. La ville ouvre sur les vastes zones humides du littoral, territoire des grues à couronne rouge et des cerfs Milu. Une race de cerf native de la Chine qui a failli entièrement disparaître. Les Anglais ont tenté d’implanter une colonie chez eux, mais en vain. En 1986, la Chine rapatrie et réintroduit trente-neuf spécimens à Yancheng. Ils sont actuellement près de neuf mille. La réserve naturelle rappelle que le développement du Jiangsu doit aussi composer avec une richesse écologique exceptionnelle.