Le PAC d’Antananarivo annonce le début du procès sur l’affaire des Boeing 777. Il dévoile une liste de trente-trois personnes physiques et morales sur le banc des accusés.
| Photo des Boeing 777-200 qui, à la base, devaient être livrés à Madagascar. |
Trente-trois. C’est le nombre des accusés dans l’affaire des cinq Boeing 777-200, qui se présenteront à la barre du Pôle anti-corruption (PAC), à partir d’aujourd’hui. Un peu plus d’un an après le scandale, cette entité judiciaire annonce en effet le début du procès. Une annonce accompagnée de la liste des noms des personnes physiques et morales inculpées.
Dans cette liste figurent les noms de Mamy Ravatomanga, homme d’affaires, actuellement en détention préventive à Maurice, de Valery Ramonjavelo, ancien ministre des Transports et de la Météorologie, en détention préventive à la prison d’Imerintsiatosika depuis le mois de mars, et du général en retraite Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat. Ce dernier a été récemment reconnu coupable de complicité de meurtre et de blessures volontaires dans le cadre des manifestations de septembre et octobre 2025, ce qui lui a valu une condamnation à dix ans de travaux forcés.
Chef d’institution et ministre au moment des faits, Richard Ravalomanana et Valery Ramonjavelo pourront être jugés devant le PAC en vertu d’une décision de la Haute Cour constitutionnelle (HCC), en mars. Selon l’institution d’Ambohidahy, « les actes de corruption et les infractions assimilées susceptibles d’être commis par une haute personnalité visée à l’article 133 de la Constitution ne sauraient être considérés comme des actes liés à l’exercice de leurs fonctions ». Autrement dit, les hauts responsables étatiques accusés de corruption peuvent être jugés devant les juridictions de droit commun. La procédure de mise en accusation devant la Haute Cour de Justice (HCJ) n’est donc plus nécessaire.
Néanmoins, la présence de l’ancien patron de la Chambre haute dans la liste des accusés de cette affaire suscite des interrogations. Elle pourrait s’expliquer par le fait que Singh Khushwinder, un des principaux accusés, ait été membre de son cabinet comme « conseiller bénévole », du temps où il présidait l’institution d’Anosy. Son nom figure justement dans les premières lignes de la liste des prévenus publiée par le PAC. Y figure aussi celui de Rijasoa Andriamanarivo, qui serait l’acolyte de Singh Khushwinder. Via une société-écran, ces deux prétendus promoteurs auraient manœuvré la livraison illicite des aéronefs à l’Iran.
Chefs d’accusation
C’est cette livraison de cinq Boeing 777-200 à l’Iran, révélée par un média étranger en juillet 2025, qui est le déclencheur de cette procédure judiciaire. Le dossier a pris une envergure internationale étant donné que l’Iran est sous embargo international. Il est devenu une affaire d’État et a obligé les deux chefs de l’Exécutif de l’époque à monter au créneau. Au motif qu’il aurait agi unilatéralement, sans consultation préalable de la Présidence et de la Primature, l’ancien ministre Ramonjavelo a été démis de ses fonctions quelques jours après la révélation du scandale. Dans les coulisses, certains susurraient également que l’homme d’affaires Ravatomanga aurait été aux manettes des transactions dans cette affaire.
Les plaidoyers durant le procès, en audience publique, devraient apporter plus de précisions sur l’implication des uns et des autres dans cette affaire. La genèse de l’affaire remonte à novembre, lorsque l’un des deux prétendus promoteurs précédemment cités aurait fait part de l’intérêt d’un investisseur étranger pour Madagascar Airlines. Le partenariat devait alors porter sur un renforcement de la flotte de la compagnie aérienne. L’opération devait se faire par la livraison de cinq Boeing 777-200, par une entreprise qui serait basée en Inde et qui aurait une filiale qui s’est avérée fictive à Antananarivo. Les aéronefs avaient obtenu des immatriculations provisoires ainsi que des certificats de navigabilité provisoires.
Ces documents devaient permettre leur convoyage vers un atelier de maintenance agréé au Kenya, puis de rejoindre Madagascar une fois le certificat technique obtenu. Leurs validités expiraient respectivement le 17 et le 21 avril 2025. Dans une réponse à une demande d’explications sur cet épisode, le colonel Gervais Damasy, ancien directeur général de l’Aviation civile de Madagascar (ACM), avait alors indiqué que ces documents d’immatriculation avaient été accordés « sur instruction » de l’ancien ministre Ramonjavelo. Finalement, en juillet 2025, c’est avec ces documents provisoires dont la validité avait expiré que les cinq Boeing ont décollé du Cambodge pour rejoindre l’Iran.
Le colonel Damasy devrait avoir l’occasion de s’expliquer un peu plus sur ce fait étant donné qu’il fait également partie des accusés dans le procès qui démarre ce jour. D’autres anciens responsables de l’ACM, des associés, des présumés complices des pseudos-promoteurs et des salariés des entreprises happées par l’affaire y figurent aussi. Outre les personnes physiques, cinq sociétés sont en effet sur le banc des prévenus, dont la société UDAAN Aviation qui avait été utilisée comme interface pour les discussions avec les autorités malgaches. « Atteinte à la souveraineté de l’État, abus de fonctions, corruption, faux en écriture publique, usurpation de fonctions, association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux » sont les chefs d’accusation annoncés par le PAC.



